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Point de vue américain

Au début du XIXe siècle, la France et la Grande-Bretagne étaient engagées dans une lutte sans merci. Tandis que la France contrôlait la plus grande partie de l’Europe, la Grande-Bretagne restait maîtresse des mers. Quand il devint évident qu’aucune des deux puissances ne pourrait l’emporter militairement, elles se tournèrent vers la guerre commerciale.

Des navires commerciaux, la plupart d’entre eux battant pavillon américain, ravirent aux Français et aux Anglais le contrôle du commerce. Mais à mesure que continuaient les guerres napoléoniennes, ces navires se retrouvèrent pris dans un nœud d’embargos.

En novembre 1807, la Grande-Bretagne émit un décret du conseil, réglementation commerciale obligeant tous les navires neutres à faire relâche dans un port britannique ou à être arraisonnés par les autorités britanniques. Un mois plus tard, Napoléon décréta que les navires neutres touchant un port britannique, payant des droits à la Grande-Bretagne ou dont les armateurs permettraient l’arraisonnement par les Britanniques seraient considérés dénationalisés et pourraient par le fait même faire l’objet d’une saisie par la France.

Les navires américains se retrouvaient dans une situation fâcheuse. Un bâtiment se dirigeant vers un port européen sous contrôle français mais n’ayant pas fait halte dans un port britannique pouvait être saisi par les Britanniques ; si, par contre, il touchait un port anglais, il pouvait alors être saisi par les autorités françaises. De 1807 à 1812, plus de 900 navires battant pavillon américain furent saisis par la France ou la Grande-Bretagne.

Les mesures prises par la France et l’Angleterre causaient du tort à leur commerce, mais les États-Unis, qui souffraient encore de la guerre qu’ils avaient dû mener contre la Grande-Bretagne quelques dizaines d’années plus tôt, en firent surtout porter le blâme à cette dernière. En juin 1807, l’opinion publique américaine avait déjà été indignée par l’incident du Chesapeake, au cours duquel un vaisseau de la Royal Navy avait bombardé un navire américain et enrôlé de force plusieurs de ses membres d’équipage. Le président Thomas Jefferson aurait pu alors recueillir chez les Américains l’appui nécessaire pour entrer en guerre avec la Grande-Bretagne, mais il préféra résoudre la question en décrétant à son tour un blocus économique.

L’Embargo Act de Jefferson interdisait aux navires étrangers l’accès aux ports américains et empêchait les navires américains de quitter leurs propres ports. Ce décret fut extrêmement impopulaire parce qu’il causait beaucoup plus de tort aux intérêts américains qu’à ceux de l’Angleterre ou de la France. Il fut bientôt remplacé par le Non-Intercourse Act, qui interdisait le commerce avec la France et l’Angleterre ou leurs colonies tant que celles-ci ne lèveraient pas leur propre embargo.

Les Britanniques finirent par retirer leurs décrets du conseil le 16 juin 1812, mais lorsque la nouvelle arriva aux États-Unis, il était beaucoup trop tard : le 18 juin, le Sénat avait adopté une motion déclarant la guerre à la Grande-Bretagne.