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La bataille de Châteauguay



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La bataille de Châteauguay

En octobre 1813, le général de division américain Wade et son armée se mirent en marche depuis le lac Champlain et descendirent le long de la rivière Châteauguay pour se diriger vers le fleuve Saint-Laurent. Cette manœuvre devait servir de feinte pour appuyer la grande offensive du général Wilkinson sur Kingston ; si, par contre, celui-ci changeait d’objectif et se lançait sur Montréal, elle permettrait aux deux armées de se rejoindre sur les rives du Saint-Laurent.

Le 25 octobre, près de Spear’s Farm, Hampton vit sa route bloquée par des abattis, un enchevêtrement de troncs d’arbres. C’était l’œuvre des Voltigeurs canadiens sous les ordres du lieutenant-colonel Charles-Michel de Salaberry. Depuis ces fortifications primitives, de Salaberry espérait freiner l’avance des troupes de Hampton.

Hampton jugea les abattis trop fortement défendus pour les attaquer de front. Il se trompa grossièrement en estimant que les Canadiens étaient deux fois plus nombreux que ses troupes alors qu’en fait ils l’étaient environ huit fois moins. Il envoya le colonel Robert Purdy avec 1500 hommes qui, pendant la nuit, marchèrent plus de 25 kilomètres à travers la forêt située de l’autre côté de la rivière afin de surprendre les Canadiens de flanc.

Après avoir avancé péniblement dans les bois jusqu’à passé minuit, Purdy décida d’attendre le lever du jour pour continuer. Au matin, les éclaireurs de de Salaberry détectèrent la présence de ses troupes. Le lieutenant-colonel "Red George " Macdonell, qui avait été chargé de protéger les arrières des Canadiens, envoya deux compagnies de la Select Embodied Militia sous les ordres du capitaine Charles Daly avec mission de les arrêter. L’avant-garde des troupes de Purdy débouchait à peine d’un marais de cèdres quand les deux groupes se retrouvèrent face à face. On ouvrit le feu des deux côtés. Les Américains firent demi-tour et se mirent à courir. Plusieurs d’entre eux furent alors tués par le gros de la troupe américaine qui les prit pour des Canadiens donnant l’assaut.

À deux heures, le gros des effectifs de Hampton attaqua les abattis. Certains des hommes de de Salaberry se dispersèrent et sonnèrent le clairon en différents points de la forêt, renforçant chez les Américains l’illusion qu’ils se trouvaient face à un ennemi plus nombreux. Des guerriers mohawks de Kahnawake, cachés parmi les arbres, déchargèrent leurs mousquets et poussèrent des cris perçants. Les Américains, croyant que le gros des forces ennemies se dirigeait vers eux depuis cette direction, tirèrent salve sur salve et ne réussirent à toucher que des branches d’arbres.

Dans l’intervalle, les miliciens de Red George avaient déjà pris contact avec le détache-ment de Purdy. Les Américains tirèrent sur les Canadiens une série de salves meurtrières mais, dans la pénombre de la forêt, ils ne virent pas que ceux-ci tiraient en position agenouillée. Les projectiles des Américains volèrent au-dessus des Canadiens sans leur faire de mal. Pendant ce temps, ceux-ci ripostaient en faisant de nombreuses victimes parmi leurs ennemis.

Purdy essaya de prendre à revers les hommes de Red George en longeant la rive, mais de Salaberry avait prévu la manœuvre et placé un détachement sur la rive opposée de l’étroite rivière, prêt à tirer. Une salve fut suffisante pour obliger les Américains à regagner le couvert des arbres.

Fatigués, trempés, et croyant avoir affaire à un ennemi beaucoup plus nombreux, les Américains en avaient assez. Le général Hampton ordonna à ses troupes de se replier.

Faute de leader décidé, les Américains avaient perdu une autre chance de conquérir un territoire britannique important.

De Salaberry se plaignit amèrement du fait que sir George Prevost et le général de Watteville, qui n’approchèrent jamais du feu de l’action, s’attribuèrent la plus grande partie du mérite de la victoire.