Guerre de 1812Events and Locationsenglish

La campagne du Niagara de 1814 : la bataille de Chippawa

" Mais ce sont des soldats de métier, nom de Dieu! " 
le Général de brigade britannique Phineas Riall

Lectures supplémentaires :

Le chemin vers Lundy’s Lane : introduction à la campagne de Niagara

Les Iroquois en 1814

La conquête du Fort Erié par les Américain

Les Iroquois se rencontrent dans la forêt à Chippawa

John Norton rencontre les Iroquois de New York après la bataille de Chippawa

La bataille de Lundy's Lane

 

La bataille de Chippawa

Tôt dans l’après-midi du 5 juillet, Jacob Brown en avait assez des tireurs isolés dans la forêt qui s’en étaient pris à ses sentinelles toute la matinée. De la ligne de front américaine, située au nord de Street’s Creek, Brown convoque Peter B. Porter qui vient juste d’arriver de fort Érié avec plus de mille hommes. Il ordonne à Porter de rassembler trois cent cinquante soldats, deux cents miliciens et soixante hommes de métier puis de pénétrer dans la forêt pour débusquer les tireurs isolés. Le corpulent général n’est pas très enthousiaste à l’idée de sacrifier sa brigade dans ce qui pourrait être un piège britannique, mais il sait que sa réputation a souffert dernièrement et qu’une victoire pourrait redorer son blason.

Les tireurs isolés cachés parmi les arbres étaient en réalité des petits pelotons de guerriers autochtones et de miliciens agissant en francs-tireurs. Ils avaient accompagné John Norton en reconnaissance des positions américaines plus tôt ce jour-là, mais avaient décidé d’aller harceler les sentinelles américaines. Brown fit reculer son flanc gauche pour éviter les tirs. Ceci amèna Norton à croire que les Américains étaient faibles de ce côté-là. Ayant évalué le nombre des troupes américaines, Norton retraversa la Chippewa sans savoir que les hommes de Porter venaient tout juste d’arriver.

Les Britanniques ne se rendaient pas compte que leur troupe de deux mille hommes était surpassée en nombre d’environ mille cinq cents soldats. En se basant sur les renseignements imprécis de Norton et ceux de ses propres éclaireurs, Phineas Riall élabora un plan : Norton aurait à mener une force combinée d'infanterie légère britannique, de miliciens, d’Iroquois et d’autres Autochtones à travers les bois pour déborder le flanc des Américains. En attendant, le reste des Britanniques traversera la Chippewa et surprendrait les Américains par-devant. Riall a de bonnes raisons d'avoir confiance en cet assaut frontal ; l’expérience a démontré que les militaires de métier américains sont inefficaces contre des soldats britanniques bien entraînés. Il donna l’ordre de faire une sortie au même moment où Peter B. Porter pénètra dans la forêt.

Du côté sud de Street’s Creek, Winfield Scott faisait exécuter par ses hommes les manœuvres qu'ils avaient répétées tous les jours pendant des mois. Scott présuma qu'il n'y aurait pas de bataille ce jour-là puisqu’il était déjà tard dans l’après-midi. Mais il se ravisa dès qu’il fut informé que la bataille faisait rage dans la forêt. Lorsque les Américains de l’avant-garde découvrirent la position de Riall, les Britanniques perdirent l'effet de surprise. Scott ne perdit pas un instant et fit avancer ses hommes pour affronter les Britanniques. Au même moment, les hommes de Porter se dégagèrent de leur bref, mais sanglant accrochage avec la brigade de Norton dans la forêt.

Les commandants des deux armées furent quelque peu déconcertés par les développements rapides, mais tous deux se rendirent compte que la bataille était maintenant inévitable. Les hommes de Scott s’avançaient en rangs serrés en dépit des tirs des hommes de Norton dans la forêt à leur gauche et des tirs assourdissants de l’artillerie britannique. Riall crut que les troupes vêtues de gris qui avançaient vers lui n'étaient que des miliciens de Buffalo. Mais lorsqu'elles continuèrent d’avancer en comblant les trous laissés par les hommes qui tombaient sous les tirs des Britanniques, Riall dut se rendre à l’évidence qu’il s’agissait de soldats de métier.

Les Britanniques furent étonnés que les Américains suivent les règles de la guerre européenne. Les armées étaient séparées par cent mètres à peine et déchargeaient leurs armes l’une contre l’autre ; mais les hommes de Scott tinrent bon. Leurs tirs dévastateurs coutèrent aux Britanniques un bon nombre d'officiers et causèrent une grande confusion dans les ordres donnés en première ligne. L'artillerie d’élite américaine réussit à faire taire presque tous les canons britanniques, tandis que la ligne d’attaque de Scott exécutait un virage complet peu orthodoxe pour déborder les Britanniques aux deux extrémités. Malgré les chevauchées de Riall, le long des lignes pour encourager ses hommes, les Britanniques commençaient à fléchir. Au moment où Winfield Scott sonnait la charge à la baïonnette, Riall opta pour un repli complet.

En moins d’une demi-heure, les Britanniques étaient passés d’une attaque surprise à une retraite humiliante de l’autre côté de la Chippewa, arrachant les planches du King’s Bridge dans leur repli. Les Américains ne les poursuivirent pas puisque Riall maintint toujours une position solide sur l’autre rive. La bataille terminée, les hommes de Scott oublièrent leurs lourdes pertes dans l'exaltation d'un succès sans précédent. Ils se frottèrent à une force britannique supérieure dans une bataille classique et s'en sortirent victorieux.