" La
guerre était un phénomène nouveau pour les Américains
mais croyez-moi, ils apprirent en la faisant et, avant que la paix ne
fût conclue, ils devinrent des ennemis redoutables. "
Le
sergent britannique James Commins
Avant lété
de 1814, une opinion semblable eût été inimaginable
de la part dun officier britannique digne de ce nom. Mais, si
la bataille de Chippewa constitua un point tournant, laffrontement
imminent de Lundys Lane en fut la confirmation.
À
Chippewa, combinant ténacité et discipline militaire,
mille trois cents soldats américains battirent une armée
britannique largement supérieure en effectifs. Cest là
que fut la véritable victoire. Stratégiquement parlant,
les gains américains furent minimes. On compta dans leurs rangs
trois cent vingt-cinq hommes tués, blessés ou disparus,
et larmée ennemie put battre en retraite sans pertes importantes.
Toutefois, létat desprit des Américains se
vit transformé par cette victoire. Après avoir reconstruit
un pont sur la Chippewa et être passé par le camp abandonné
des Britanniques sur la route de Queenston, ils eurent la conviction
que leur objectif, qui était de semparer de toute la péninsule,
pouvait devenir réalité.
Larmée
britannique avait reculé jusquà fort George. Le
moral des troupes était au plus bas. Plus de cinq cents soldats
avaient été tués ou blessés, dont de jeunes
officiers parmi les plus talentueux, et leurs alliés autochtones
sétaient retirés du conflit. Phineas Riall, qui
avait sous-estimé le nombre et la compétence de ses adversaires,
navait pas demandé de renforts. Sachant que rien ne devait
être négligé, Riall se préparait en vue du
prochain affrontement. Les miliciens étaient préparés
pour le combat et lon avait demandé des renforts à
Burlington Heights. Le général de division Drummond avait
quitté York et venait prendre le commandement.
Pendant
ce temps, Jacob Brown envoyait son armée à Queenston,
dans lespoir dun rendez-vous avec la flotte de Chauncey,
qui devait amener les hommes et les munitions nécessaires pour
tenir les Britanniques en respect. Brown attendait, mais Chauncey était
introuvable. Sans armes lourdes, impossible dassiéger fort
George. Finalement, le 13 juillet, brûlant dimpatience,
Brown écrit à Chauncey à Sacketts Harbour :
" Jattends
votre flotte avec la plus grande impatience depuis le 10
Pour
lamour de Dieu, arrivez
ou, tout au moins, ayez lamabilité
de me faire savoir ce que je peux espérer de la flotte du
lac Ontario. "
Mais,
indécis et souvent malade, Chauncey agit toujours dans son
propre intérêt. Encore une fois, il décide quil
est temps de vaincre la marine britannique sur le lac Ontario, mais
il hésite toujours à mettre son projet à exécution.
Quoi qu'il en soit, il nacceptera jamais que sa nouvelle flotte
soit utilisée pour le simple transport de troupes. Le 23 juillet,
Brown reçoit enfin une réponse du commodore : Chauncey
lui refuse son aide.
Brown
na pas dautre choix que de changer ses plans. Apprenant
que les Britanniques renforcent fort Niagara et pourraient menacer ses
arrières en descendant la rivière, il ramène ses
hommes à Chippewa, le 24 juillet. Une fois là, il réorganise
son armée pour traverser la péninsule, semparer
de Burlington Heights, et de couper ainsi la retraite aux Britanniques
le long de la rive. Mais Brown na pas prévu limpatience
de Gordon Drummond à chasser les Américains hors du Canada,
et il ignore quune puissante armée britannique a déjà
été dépêchée pour laffronter.