Guerre de 1812Events and Locationsenglish

La campagne du Niagara de 1814 : la bataille de Lundy's Lane

"Dans la vie d'un soldat, il y a des moments horribles"
John Le Couteur, lieutenant britannique

 

Lectures supplémentaires :

Prélude à la bataille de Lundy's Lane

La bataille de Lundy's Lane

Les américain à Lundy's Lane

Les britanniques à Lundy's Lane

Deux témoinages de la bataille de Lundy's Lane

William Dunlop s'est remémoré un événement tragique

Les lendemains de la bataille de Lundy's Lane

William Dunlop s’occupe des blessés :

Âgé de 21 ans, William Dunlop était assistant-chirurgien au 89e British Foot. Ce fut lui qui, après la bataille de Chippewa, s’occupa pratiquement seul de centaines de blessés des deux camps :

Lorsque je demandai où seraient installés mes blessés, on me montra un bâtiment de rondins en ruine, que l’on appelait la caserne de Butler, car il avait servi d’abri temporaire aux Rangers de Butler, qui l’avaient construit durant la guerre d’Indépendance des États-Unis. On ne pouvait rêver de pire endroit pour un hôpital. Non que l’édifice en question eût été ouvert aux quatre vents – en plein été, au Canada, cela constitue plutôt un avantage – mais parce que l’espace y faisait cruellement défaut et que nous dûmes ainsi installer plusieurs blessés sur un lit de paille à même le sol. Ceux-là étaient les plus chanceux, car leurs camarades étaient installés sur des couchettes superposées, comme à bord d’un navire, où il était impossible de panser leurs blessures et d’où on ne pouvait les retirer qu’au prix de douleurs atroces.

Les chariots arrivaient les uns après les autres et avant que midi ne sonne, je me trouvai en charge de 220 blessés, parmi lesquels des soldats de mon propre régiment, des prisonniers ainsi que des miliciens. Je n’avais pour m’assister dans cette tâche que mon sergent d’hôpital qui, fort heureusement pour moi, était un homme d’expérience au solide bon sens qui se révéla un aide compétent. Mais la charge était trop lourde pour nous et plus d’un pauvre diable dut subir une amputation que nous aurions pu lui éviter, si nous avions seulement disposé d’un peu de temps pour nous occuper des blessures. Mais, dans les circonstances, il était nécessaire de convertir les blessures compliquées en blessures simples, plutôt que de perdre des vies à cause du manque de soins.

Je n’ai jamais ressenti autant de fatigue qu’au cours de cette première semaine à la caserne de Butler. La chaleur était étouffante et des myriades de mouches déposaient leurs œufs dans les blessures : au bout d’à peine quelques heures, les vers y grouillaient, causant de terribles démangeaisons. Ainsi, longtemps avant d’avoir terminé ma tournée des patients, il m’était nécessaire de la faire à nouveau afin de nettoyer les plaies. Et comme je n’avais d’autre assistant que mon sergent, notre labeur était incessant. Pendant deux jours et deux nuits, je ne pus m’asseoir. Cependant, au matin du troisième jour, je m’endormis debout, enlacé au montant d’une des couchettes. Ne pouvant me réveiller, on étendit sur le sol une botte de paille fraîche sur laquelle on me coucha. On m’enveloppa d’une couverture d’hôpital et je dormis comme une pierre pendant cinq heures sans même me retourner.

Il n’y a guère de situations aussi peu enviables que celle de chirurgien de l’armée après la bataille. L’esprit est tout aussi épuisé que le corps, et on sait qu’on ne pourra guérir ni même soulager la plus grande partie des souffrances et de la misère dont on est entouré. Tant que durent les combats, tout cela passe inaperçu, mais dès que l’ivresse de la bataille a pris fin, le médecin se retrouve devant l’horreur toute nue.