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Fort Mackinac

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Isaac Brock

La capture du Fort Mackinac

La petite île de Michilimackinac est située dans l’étroite voie navigable, là où les pointes nord des lacs Huron et Michigan se rencontrent. Malgré sa taille modeste, Michilimackinac est d’une grande importance stratégique. C’est la porte vers le lucratif commerce des fourrures du Nord-Ouest.

Porter Hanks, le lieutenant responsable du fort Mackinac, la garnison américaine la plus éloignée, connaît très bien son avant-poste insulaire. Depuis quelque temps, Hanks se sent inquiet. Les relations avec les Premières Nations locales se sont inexplicablement, refroidies et un nombre grandissant d’Indiens semble passer en canoë devant le fort en route vers le Nord. Hanks en conclut qu’ils s’en vont se rassembler au fort britannique de l’île Saint-Joseph. Mais il en ignore la raison.

À soixante-dix kilomètres au nord-ouest, une force combinée de guerriers, de voyageurs, de commerçants de fourrure et de soldats de métier britanniques se prépare depuis quelques jours à s’emparer du fort Mackinac. À l'annonce de la déclaration de guerre, le général Brock avait immédiatement dépêché une équipe de voyageurs qui, effectuant en canoë le trajet de deux mille kilomètres jusqu’à l’île Saint-Joseph, irait confirmer le commencement du conflit qu’il attendait depuis des mois. L’ordre d’attaquer Michilimackinac avait suivi peu de temps après. Le ministre de la Guerre, Henry Dearborn était loin de posséder le sens tactique de Brock. De plus, Hanks n’avait pas eu de ses nouvelles depuis neuf mois.

Très tôt le matin du 17 juillet, alors que Hanks dort encore, soixante-dix canoës de guerre et dix bateaux chargés à bloc déposent la troupe britannique, à peine à trois kilomètres de là, sur la pointe nord de l’île. Au lever du jour, deux canons britanniques postés sur une colline surplombant le fort, sont déjà braqués sur les Américains. Tous les citoyens du village ont été évacués de leurs maisons et gardés par les Britanniques dans une distillerie, à l’extrémité sud du village. À l’exception de Hanks et de son bataillon de soixante soldats malades et mal en point, tout le monde sait que l’île a été envahie.

Quand les Américains se réveillent, les Britanniques et leurs alliés indiens manifestent leur présence. Officier d’expérience, Hanks réagit instinctivement en ordonnant les mesures défensives réglementaires, mais lorsqu'il voit ses hommes se ruer pour prendre les armes, la réalité lui apparaît tout à coup : ses troupes rouillées sont dramatiquement surpassées en nombre par les Britanniques qui, en plus, sont très bien postés. L’idée que lui et ses hommes pourraient être massacrés par les Indiens lui traverse l’esprit.

Conscients de l’inquiétude du capitaine américain, les Britanniques approchent avec un drapeau blanc et offrent à Hanks la possibilité de se rendre. Ses amis et quelques otages civils accompagnant le détachement britannique, pressent Hanks de sauver ses hommes et de céder le fort. Hanks se laisse facilement convaincre.

Les Britanniques s’étaient emparés de ce fort stratégique par la simple ruse et Hanks et ses hommes étaient devenus les premiers prisonniers d’une guerre qu’ils ignoraient avoir été déclarée. Les commerçants, les guerriers et les soldats britanniques pillèrent avidement les provisions de whisky, de porc et de fourrures entreposées dans le fort.

Hanks et ses hommes furent emmenés pour être plus tard rapatriés aux États-Unis. Les habitants de l’île, quant à eux, furent forcés de prêter un serment d’allégeance au souverain britannique. Ce serment ne sembla pas trop les perturber car bon nombre d’entre eux étaient des sujets britanniques avant l’arrivée des Américains sur leur île, moins de vingt ans plus tôt.

Autres détails sur Mackinac

L’histoire de la capture du fort Mackinac nous éclaire sur les approches différentes des Britanniques et des Américains pendant la période où la guerre se préparait. Ce sont les discours inflammatoires des War Hawks, qui ont propulsé les États-Unis dans la guerre, mais ces discours ne furent pas accompagnés d’actions agressives préliminaires. Ceci allait s’avérer désastreux pour les Américains, entraînant la perte du fort Mackinac et de la région environnante pour la durée de la guerre.

Les forces britanniques, bien qu’étalées de façon éparse à travers le Canada, ont rapidement pris des mesures qui allaient assurer leurs premiers succès. Isaac Brock a été, sans doute, le grand responsable de cet état d’alerte. Il savait qu’il lui fallait former et entraîner une milice, et gagner la confiance des guerriers indiens. Pour s’assurer que les Indiens combattraient aux côtés des Britanniques, Brock fit appel à Robert Dickson, le commerçant de fourrures que les Indiens appelaient " l’homme aux cheveux rouges ".

Écossais originaire de Dumfriesshire, Dickson vivait et travaillait chez les Premières Nations depuis plus de vingt ans. Il avait créé un lien profond avec les Indiens du Nord-Ouest et il était grandement respecté par les membres des tribus. Sa réputation n’avait d’égale que celle de Tecumseh. Mais Brock avait un problème : personne ne savait où Dickson se trouvait.

Le messager de Brock, Francis Rhéaume, part rapidement vers les vastes Territoires du Nord-Ouest. Après trois mois et plus de trois mille kilomètres en canoë, Rhéaume trouve enfin Dickson. Brock ne s’était pas trompé : Dickson encourageait ses amis indiens à se joindre aux Britanniques. Dans son message, le général demande à l’homme aux cheveux rouges de conduire un groupe de guerriers jusqu’à l’île Saint-Joseph. Un combat contre les Américains se prépare alors.

Les cent trente guerriers sioux, winnebagos et menominees qui accompagnent Dickson sont un ajout tout à fait bienvenu aux forces britanniques du capitaine Charles Roberts à Saint-Joseph. Roberts commande le terne 10e Bataillon Royal de vétérans, un régiment créé par Brock, regroupant des soldats trop âgés pour combattre.

 

 

 

 

Roberts se plaignait que les quarante-quatre hommes de son bataillon soient tellement " débilités et minés par leur incurable ivrognerie que ni la peur du châtiment, l’amour de la gloire ou l’honneur de leur patrie, ne pouvait les inciter à des efforts hors de l’ordinaire ". Heureusement pour les Britanniques, plus de cent voyageurs et commerçants de fourrures de la Northwest Company, ainsi que des guerriers outaouais et chippewas, influencés par l’interprète local, John Askin Jr, se joignent à Dickson dans l’espoir de conserver leur très prospère commerce de fourrure.

Grâce à un homme d’affaires américain, inquiet de ses investissements dans la fourrure à Michilimackimac, les commerçants informent le capitaine Roberts de la déclaration de guerre, cinq jours avant que la missive de Brock parvienne à Saint-Joseph, le 8 juillet. Les Indiens sont impatients d’affronter l’ennemi, mais Brock décide, à contrecœur, de retarder l’attaque parce que Prevost tente encore de contenir la situation par voie diplomatique. Le capitaine Roberts ne peut qu’attendre nerveusement pendant que les chants de guerre des Indiens se font de plus en plus intenses au fil du temps. Le 15 juillet, Brock donne enfin l’ordre d’attaquer Michilimackinac. Les Américains viennent d’envahir le Haut-Canada à Sandwich.

Entre-temps, nerveux lui aussi, le commandant américain à Mackinac a demandé à un commerçant et milicien, Michael Dousman, de monter vers le nord en canoë jusqu’à Saint-Joseph. Sa mission est d’aller voir ce qui se passe au fort britannique. En pleine nuit, à quelques kilomètres à peine de Michilimackinac, Dousman croise les attaquants. Bien qu’ètant américain, Dousman est accueilli chaleureusement par Dickson et les autres membres de l’expédition. Les amitiés créées dans ces régions de traite éloignées sont beaucoup plus fortes que les sentiments patriotiques.

Dousman révèle avec empressement l’état des défenses américaines et le fait que personne à Mackinac est au courant que la guerre a été déclarée. Au cours de cette conférence sur l’eau, au clair de lune, tout le monde est d’avis que les civils habitant le village doivent être protégés. Dousman met au point un plan pour alerter tous les citoyens et les diriger vers la distillerie du village, sans que l’alerte soit donnée. Les envahisseurs entreprennent alors d’encercler le fort. Étonné, Porter Hanks se rend sans avoir tiré un seul coup de feu.

La capture du fort Mackninac constitue le premier succès britannique de la guerre. Les alliés Indiens n’avaient pas pu satisfaire leur désir de se mesurer aux Américains dans une véritable confrontation, mais cette victoire audacieuse allait convaincre un bon nombre de tribus du Nord-Ouest qu’il était plus profitable pour elles d’appuyer les Britanniques.