Shadrach Byfield
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Shadrach Byfield n'est pas un des principaux acteurs de la guerre de 1812, mais ce simple soldat est quand même un personnage fascinant. Originaire du Wiltshire, c'est à Londres, en 1807, qu'il se joignit à l'armée britannique. Il avait alors 18 ans, et sa mère ne prisa pas sa décision. "Quand elle apprit que je m'étais engagé, ma mère en fut si affectée que, quelques heures plus tard, elle fut prise de convulsions à la suite desquelles elle perdit l'usage de la parole. Je dus partir le lendemain matin et elle expira trois jours plus tard." Byfield vint au Canada comme simple soldat et servit dans le 49ième régiment. En 1814, il avait 25 ans et il avait de quoi remercier sa bonne étoile. Le vétéran avait survécu à une série de batailles dont l'énumération évoque presque toute l'histoire de la guerre : Détroit, Frenchtown, Fort Stephenson, Moraviatown, Fort Niagara et Lundy's Lane. En 1812, la compagnie de Byfield était forte de 110 hommes quand elle aida Brock à prendre Détroit. Deux ans plus tard, il n'en restait plus que 15 encore en vie, dont Byfield. Mais la chance de Byfield l'abandonna en août 1814. Au cours de l'attaque ratée des Britanniques sur Black Rock, une balle le frappa au bras droit, et un chirurgien décida de lui amputer le membre à partir du coude. Byfield refusa qu'on ait recours aux procédures habituelles : il ne voulut pas qu'on lui bande les yeux et que des infirmiers l'immobilisent. Après l'opération, Byfield entra dans une violente colère, mais elle ne fut pas provoquée par l'absence d'anesthésie. C'est en apprenant que son avant-bras avait été jeté sans cérémonie sur un tas de fumier que le soldat devint furieux. Après avoir frappé l'infirmier qui l'avait offensé du poing qui lui restait, Byfield retrouva le membre manquant et, l'ayant placé dans un petit cercueil de sa construction, il lui fit un enterrement convenable. Devenu inutile pour l'armée britannique, Byfield fut rapatrié. Tisserand de son métier, il ne pouvait plus travailler et sa famille dut s'accommoder d'une maigre pension. Une nuit, Byfield vit en rêve un métier à tisser qui lui permettrait de travailler malgré son infirmité. Sa femme tenta de le dissuader : "... on n'a jamais vu quelqu'un tisser avec seulement un bras." Persistant, il décrivit sa vision à un forgeron qui réussit à construire l'instrument. Plus tard, Byfield parvint à se faire employer dans une usine de textiles située dans le Wiltshire, où il était né. |