Guerre de 1812people

Henry Procter

Britanniques

Henry Procter vint au Canada en 1802, en compagnie d’un autre officier, Isaac Brock. Contrairement à Brock, qui devint un héros après sa mort à Queenston Heights, Procter survécut à la guerre de 1812, mais y perdit sa réputation et une carrière militaire prometteuse.

Malgré ses succès éclatants du début de la guerre, Procter fut destitué publiquement par ses pairs et considéré comme le diable en personne par l’opinion publique.

Procter naquit en Irlande en 1763. Fils d’un chirurgien de l’armée, il acheta son premier brevet dans l’armée britannique. Avant que n’éclate la guerre de 1812, Procter mérita des louanges pour avoir fait du 41e Régiment une unité de pointe, toujours prête à prendre les armes. Des promotions successives vinrent récompenser ses efforts.

Procter joua un rôle de premier plan dans le succès de Brock au moment de la reddition de fort Detroit en août 1812. Il reprit le commandement de la British Right Division après la mort de Brock, sans toutefois posséder le charisme de son prédécesseur. Procter était un être courageux, mais secret et réservé.

En janvier 1813, une armée américaine sous les ordres de James Winchester marcha vers le nord pour prendre Detroit. Le bataillon de Procter affronta les Américains à Frenchtown, dans une lutte sanglante.

Après cet affrontement, Procter abandonna les Américains blessés sur le champ de bataille, et se replia vers Amherstburg en toute sécurité. Des guerriers autochtones enragés tuèrent alors de trente à soixante prisonniers américains. Les journaux américains baptisèrent cet incident Le massacre de la rivière Raisin, et dépeignirent Procter comme un monstre. Le tollé général qui s’ensuivit servit d’élément déclencheur de la bataille qui entraîna la destruction du régiment de Procter à Moraviantown. Au moment où les volontaires du Kentucky donnaient l’assaut aux Britanniques, à Moraviantown, on pouvait les entendre crier : " En souvenir de la rivière Raisin ! "

La position de Procter sur la frontière, à Detroit, avait été rendue extrêmement vulnérable par la victoire navale américaine à Put-in-Bay, sur le lac Érié, en septembre 1813. Laissé sans soutien et sans ressources par l’administration britannique, Procter démonta tous les canons de fort Malden pour équiper l’escadre britannique. Il fut également obligé d’utiliser le tiers de ses soldats comme marins sur ses vaisseaux, la victoire américaine ayant décimé les rangs de son équipage. Il dut laisser le fort sans défense. Plus grave encore, la domination des Américains sur le lac Érié rendit son ravitaillement impossible et le mit en position de vulnérabilité devant les attaques venant des deux côtés.

Procter décida d’affronter les Américains en terrain mieux protégé, dans la vallée de la rivière Thames. Sa retraite subséquente d’Amherstburg fut un désastre. L’armée britannico-indienne fut décimée par les Américains à Moraviantown, le 5 octobre 1813. Procter, un officier compétent en temps de paix, fut incapable de gérer la pénible retraite d’Amherstburg.

Plus tard, la cour martiale trouva Procter coupable d’avoir " manqué de jugement et de courage " durant la campagne. Il fut destitué, privé de son grade et de sa solde, sentence qui par la suite fut réduite à une réprimande publique. Procter quitta le Canada en 1815, sa carrière militaire ruinée. Il mourut à l’âge de cinquante-neuf ans en 1822, à Bath en Angleterre.

Procter n’eut pas que des ennemis, même dans le sillage de sa défaite de Moraviantown. En 1815, le Herald, un journal de Montréal, publia plusieurs lettres anonymes se portant à la défense du général. Ces " lettres de vérité " critiquaient le gouverneur général George Prevost pour son manque d’intérêt dans la guerre de l’Ouest, et pour le traitement sévère infligé à Procter.